COMPTE RENDU DE NOTRE ENQUÊTE YULIN ET VIANDE DE CHIENS ET CHATS EN CHINE – Juillet 2019 en Chine –

LUNDI 22 JUILLET – PÉKIN, SILIHE PET MARKET

    Lundi matin, fraîchement débarqués à Pékin, nous avons pris la route pour le Silihe Pet Market, un marché d’animaux de compagnie situé à l’Est de la ville. Nous partions à la recherche de chiens et chats qui pouvaient être vendus sur une sorte de marché parallèle pour finir en viande. Les associations avec qui nous sommes en contact nous avaient informé qu’en Chine, il n’existe pas d’élevages de chiens pour la viande à proprement parlé, la plupart du temps les chiens sont soit volés, soit revendus par leurs propriétaires qui veulent s’en débarrasser.

    Sur place, nous avons découvert un marché 100% local, sans aucun touriste. Tortues, crabes, grenouilles, et hamsters étaient entassés dans de tout petits bacs et cages. Des chats groguis et effrayés essayaient d’éviter les passants. Nous avons aussi trouvé des hérissons et lapins dans de minuscules cages, ainsi que des grillons enfermés dans de toutes petites boules en plastiques comme des portes-clés. Des oiseaux exotiques, étaient accrochés en cage derrière des mouillettes à l’extérieur du marché.

    Cependant, notre plus grande surprise fût de trouver au sein même du marché, deux magasins vendant des sculptures et perles d’ivoire, ainsi que des défenses. Ces produits étaient issus de défenses de mammouth pour lesquelles les habitants Lakoutes, en Sibérie, détruisent le permafrost. Il y a avait aussi de l’ivoire d’éléphants braconnés, ce qui a provoqué une grande gêne auprès des vendeurs lorsque nous avons commencé à prendre des photos. Le commerce d’ivoire de mammouth est encore autorisé car aucune législation n’a encore été votée à ce sujet que ce soit en Chine ou en Russie, alors que le commerce d’ivoire d’éléphant est illégal et est censé être puni par la loi alors que ces boutiques ont pignon sur rue.

    Après avoir filmé et photographié le marché pendant plusieurs heures, nous nous sommes rendus à l’aéroport pour prendre notre vol pour Changchun (ville du Jilin, au Nord-Est de la Chine) où des associations locales nous ont mises sur la piste de marchés de viande de chien ainsi que de abattoirs dont l’un d’eux abat 3 000 chiens par jour. Nous espérons pouvoir infiltrer ces lieux sans trop de soucis, car il nous a été rapporté que certains activistes se sont fait volé leur téléphone et ce sont pris des coups.

MERCREDI 24 JUILLET –

   Après avoir tourné dans Changchun toute la journée de lundi à la recherche de pistes pour les adresses d’abattoir et de restaurants servant de la viande de chien, sans succès, nous avons décidé de nous rendre directement dans un refuge pour chiens dans une ville située à deux heures de train de Changchun. Nous étions en contact avec les gérants de ce refuge avant notre départ pour a Chine. Ce refuge recueille des chiens issus des camions en direction de l’abattoir et de Yulin. Tous les chiens qu’ils récupères sont malades car ils n’ont pas reçus les vaccins nécessaires à leur bonne santé. Les bénévoles passent donc plusieurs mois à les remettre sur pied avant de les envoyer un peu partout aux Etats-Unis et en Europe pour leur offrir une nouvelle vie dans une famille d’accueil.

    Nous avons passé l’après-midi a aider les bénévoles du refuge, et aussi à connaitre les difficultés qu’ils rencontrent. Ce genre de refuge est illégal, ils font fasse à des intimidations, mais la population s’implique de plus en plus contre la viande de chien. Il est difficile pour des occidentaux de se rendre sur des marchés de viande de chien ou des abattoirs au risque de voir les marchands négocier pour revendre leur chien au plus haut prix. En Chine, la viande de chien est un produit « de luxe », elle se vend plus chère que le boeuf, le poulet, ou le cochon. C’est à cause de ses qualités de produit haut de gamme, et de marqueur social, qu’il est dur pour la population de s’en détourner. C’est aussi un véritable business : des camions traversent la Chine du nord au sud pour ramasser un maximum de chiens pour ensuite les revendre au meilleur prix. Chaque camion peut contenir jusqu’à 3 000 chiens. Les animaux sont récupérés dans les rues, volés, revendus par des particuliers qui n’en veulent plus, ou même chez des éleveurs de chiens de race.

   Le refuge habitait aussi une vingtaine de chats issus du commerce de la viande et deux renards issus de fermes à fourrure. Nous avons vu la misère animale, et les gérants d’un tel refuge sont pieds et mains liés par le gouvernement chinois. Ils nous ont aussi fait part qu’un millionnaire rachetait des chiens pour les mettre dans son « refuge », alors qu’en fait il les rachète pour les revendre à des abattoirs. Nous allons enquêter sur cette histoire durant les jours qu’il nous reste en Chine, et essayer de le rencontrer.

   Durant cette journée, nous avons aussi pu mettre en place un partenariat avec ce refuge pour importer neuf chiens pour la France. Plusieurs chiens partiront vers la France accompagnés de bénévoles, pour y être placé à l’adoption dans notre refuge des orphelins de l’association Stéphane Lamart.

JEUDI 25 JUILLET – CHANCHUNG

    Nous avons cherché le refuge du millionnaire en vain, personne ne semble avoir entendu parler de lui. Mais en discutant avec un vétérinaire, celui-ci nous a donné l’adresse d’un marché de chiens sur lequel nous nous sommes rendus. Sur place, les chiens sont gardés dans de petites cages insalubres. Leurs pattes sont à même la grille pour que leur déjections tombent en dessous, et en dessous, il y a parfois une autre cage avec d’autres chiens. Beaucoup, ont des maladies de peau, et le peu de chats vendus ici ont des maladies au niveau des yeux.

    Sur ce marché sont vendus des chiens et chats en tant qu’animaux de compagnie, mais aussi en tant qu’animaux à viande selon l’un des vendeurs qui nous a avoué « s’ils ne sont pas vendus, ils deviennent de la nourriture ». Ces chiens, probablement vendus à l’un des trois abattoirs de Changchun, sont gardés dans l’arrière cours à l’abris des regards. Nous avons pu y accéder en proposant de donner des friandises à tous les chiens. Ces chiens étaient dans un piteux état, pour beaucoup, ils n’avaient plus de poils sur le corps. Dans la cage d’une autre boutique, nous avons trouvé un chien mort avec un chien qui était bien vivant.

    Nous comptons retourner sur ce marché demain ou après demain afin de voir encore plus de chiens et parler un peu plus avec les vendeurs qui peuvent toujours nous en apprendre un peu plus sur le commerce de la viande de chien en Chine.

Mercredi 31 juillet 2019 – aéroport de Pékin

À 6h du matin, l’association Rushton Dog Rescue nous apporte les 9 chiens à l’aéroport de Pékin. Nous nous dépêchons d’enregistrer tous les chiens pour l’embarquement et de les envoyer en soute. Puis nous voilà partis pour un vol de 11h sans avoir pu réellement prendre contact avec les chiens.

Arrivés à Paris nous attendons les chiens pendant deux heures car Air France s’est trompé en les envoyant au fret plutôt qu’à l’aéroport, ensuite les chiens ont leurs papiers vérifiés au niveau de la douane.

Tout est validé, mais au dernier moment les services vétérinaires rappellent les chiens car ils veulent les ausculter. Au final, les chiens auront passé 7h à l’aéroport de Paris à être transféré d’un service à un autre.

S’ensuit le trajet en voiture jusqu’au refuge des Orphelins en Normandie de l’Association Stéphane Lamart. Au total les chiens auront passé plus de 24h dans leur caisse de transport, mais son prêts à profiter de leur nouvelle vie et trouver leur nouvelle famille au refuge. Beaucoup de ces chiens sont timides et il faudra beaucoup de patience à leurs familles d’adoption pour les apprivoiser.


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