
Le ZooParc de Beauval abandonne son projet d’accueil des dauphins détenus par les parcs français.
La France doit progressivement mettre fin aux spectacles de cétacés et à leur détention en captivité, hors exceptions prévues par la loi. Mais une question demeure : quelles structures pourront accueillir durablement les animaux concernés ?
Actuellement, quatre dauphins ainsi que les deux célèbres orques Wikie et son fils Keijo sont toujours présents dans les installations devenues dangereuses de Marineland. La situation illustre toute la difficulté d'organiser la fin progressive de la captivité en France. L'abandon, le 25 août 2026, du projet de centre pour dauphins porté par le ZooParc de Beauval vient encore compliquer la recherche de solutions durables.
En quête de défendre, entre autres, le bien-être des cétacés, la France a adopté le 30 novembre 2021 une loi visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes. À ce titre, il a été prévu que les spectacles incluant des cétacés ainsi que les contacts directs entre ces animaux et le public seraient interdits à l'issue d'un délai de cinq ans. La loi interdit également, sous réserve de certaines exceptions, la détention et la reproduction en captivité des cétacés, notamment hors des refuges ou sanctuaires et de certains programmes scientifiques.
Si la loi adoptée en 2021 organise ainsi la fin progressive de ce modèle, la question des animaux déjà nés et élevés en captivité reste particulièrement complexe : les structures capables de les accueillir durablement sont rares.
La fermeture de Marineland d'Antibes
Le parc, notamment connu pour ses spectacles aquatiques controversés, a définitivement fermé ses portes au public le 5 janvier 2025. Si plusieurs cétacés ont depuis été déplacés, les solutions sont plus complexes pour les animaux encore présents. Les orques Wikie et son fils Keijo ainsi que quatre dauphins sont toujours dans l'attente de pouvoir quitter les lieux.
Et leur maintien sur place n'est pas considéré comme une solution durable.
Un an et demi après la fermeture du parc, le ministère de la Transition écologique parle explicitement d'une « dégradation critique des installations ». Une expertise judiciaire sur les bassins fait état, selon le ministère, d'une situation structurelle alarmante et d'installations ne permettant plus d'attendre plusieurs mois sans risque majeur.
Pour les dauphins, le zoo de Beauval devait être la grande solution française
Pendant plusieurs mois, le ZooParc de Beauval a travaillé sur un projet appelé Centre d'Études, de Recherche Scientifique et de Sauvegarde pour Dauphins (CERSSD). L'objectif était d'accueillir, dans un cadre devant répondre aux exigences légales, une partie des dauphins issus de Marineland ainsi que ceux de Planète Sauvage près de Nantes.
Mais le 25 août 2026, le projet français connaît un coup d'arrêt.
Le ZooParc de Beauval annonce officiellement qu'il abandonne son projet, confronté notamment à des difficultés financières et juridiques. Son coût était désormais estimé à environ 45 millions d'euros. Les incertitudes entourant le projet ont également compliqué l'engagement durable de partenaires financiers.
« À ce jour, Beauval était le seul projet permettant de les accueillir en France », indique alors la direction du ZooParc.
L'abandon de Beauval ne laisse néanmoins pas les quatre dauphins encore présents à Antibes sans destination annoncée. Ils doivent être transférés vers l'Oceanogràfic de Valence. Mais cet abandon compromet en revanche la perspective d'une solution française durable pour l'avenir des onze dauphins de Planète Sauvage.
Le feuilleton politique de Wikies et Keijo
L'histoire des deux orques est devenue un véritable feuilleton politique.
Wikie et son fils Keijo sont tous deux nés en captivité à Marineland.
En décembre 2025, le gouvernement privilégie le projet d'un accueil des deux cétacés au Whale Sanctuary Project, en Nouvelle-Écosse, au Canada. Une solution visant à accueillir les deux orques sans spectacle ni exploitation commerciale, tout en veillant à leurs soins et à leur bien-être.
Pourtant, en mai 2026, la dégradation des installations de Marineland, où les orques sont toujours présentes, conduit le gouvernement à rechercher une solution plus rapide.
Le feu vert est alors donné pour permettre le transfert de Wikie et Keijo vers le Loro Parque de Tenerife, aux Canaries, considéré comme une solution mobilisable plus rapidement.
Sanctuaire ou nouveau parc à thème ? Dilemme et controverse
Pour plusieurs associations de défense des animaux opposées à la captivité des cétacés, le transfert envisagé des deux orques vers le Loro Parque de Tenerife reviendrait à déplacer le problème sans véritablement y mettre fin.
Ces organisations contestent l'idée de transférer les deux animaux d'un parc zoologique vers un autre, où les orques seraient alors toujours maintenues en bassin. Le Whale Sanctuary Project a lui-même vivement critiqué la décision de privilégier la piste espagnole.
Pourtant, selon le gouvernement français, il y a urgence. Il serait nécessaire de sortir les deux orques le plus rapidement possible des infrastructures vieillissantes de Marineland.
À ce jour, Wikie et Keijo sont toujours présentes dans les bassins de Marineland. Leur transfert vers Tenerife, autorisé par l'État, n'a toujours pas été réalisé. Les quatre dauphins encore présents sur le site attendent eux aussi leur départ vers l'Espagne.
Et remettre les animaux directement dans l'océan ?
C'est une question que l'on est en droit de se poser.
Mais on ne peut pas simplement ouvrir une porte et libérer ces animaux dans la mer.
Wikie et Keijo sont nés en captivité. Ils dépendent des humains pour leur alimentation et leurs soins et n'ont jamais acquis l'ensemble des comportements nécessaires à la survie autonome d'une orque sauvage.
La problématique peut également se poser pour les dauphins en fonction de l'histoire et des capacités de chaque individu.
Un sanctuaire marin représenterait donc une solution intermédiaire : permettre aux animaux d'évoluer dans un environnement marin naturel, plus vaste qu'un bassin zoologique, tout en restant sous surveillance humaine et en bénéficiant d'une alimentation adaptée et de soins vétérinaires.
L'abandon du Zooparc de Beauval révèle surtout un problème que la loi n'avait pas réglé
La France a voté en 2021 la disparition progressive des spectacles mettant en scène des cétacés et a fortement restreint leur maintien en captivité. Cinq ans plus tard, l'échéance prévue par la loi approche.
Mais il demeure une question extrêmement concrète : que fait-on des animaux que nous avons fait naître et vivre en captivité pendant des décennies ?
Le problème est d'autant plus considérable qu'on ne peut pas simplement les relâcher dans l'océan. Les sanctuaires disponibles sont extrêmement rares. Construire des structures adaptées coûte plusieurs dizaines de millions d'euros et demande plusieurs années de mise en œuvre. Les transferts internationaux de cétacés sont, par ailleurs, techniquement et administrativement complexes.
Et les laisser dans des installations vieillissantes, considérées comme dangereuses à terme, n'est bien entendu pas une solution durable.
C'est le paradoxe que l'affaire Marineland illustre désormais : mettre progressivement fin à la captivité des cétacés est une décision juridique ; organiser dignement l'avenir de chaque animal déjà captif est un problème en réalité beaucoup plus complexe.
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