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18Août 2026

Chiens et chats hypertypés : faut-il interdire les races dont la morphologie les fait souffrir ?

Des caractéristiques physiques sélectionnées pour leur apparence peuvent avoir de lourdes conséquences sur la santé et le bien-être des animaux.

Certaines caractéristiques physiques considérées comme esthétiques chez les chiens et les chats sont devenues si recherchées qu'elles ont été accentuées au fil des générations par la sélection. Mais ces attributs privilégiés par l'être humain ne sont pas sans conséquence sur la santé des animaux. Une proposition de loi déposée au Sénat en mai 2026 souhaite désormais mieux encadrer la sélection génétique des animaux de compagnie.

Sur le marché des animaux de compagnie, en particulier des chiens et des chats, certaines caractéristiques physiques sont devenues des critères esthétiques particulièrement appréciés : museau très court, yeux proéminents, corps compact, pattes raccourcies, plis cutanés prononcés…

Au fil des générations, la sélection de reproducteurs présentant ces caractéristiques peut conduire à leur accentuation excessive. C'est ce que l'on appelle notamment l'hypertype, lorsque certains traits morphologiques sont exagérés au point de pouvoir nuire à la santé ou au bien-être de l'animal.

Les conséquences peuvent être importantes : difficultés respiratoires, problèmes dermatologiques ou ophtalmologiques, troubles articulaires et vertébraux ou encore prédispositions à certaines maladies héréditaires.

 

Qu'est-ce qu'un chien ou un chat « hypertype » ?

On parle d'hypertype lorsque certaines caractéristiques physiques propres à une race sont accentuées de manière excessive par la sélection, au risque d'entraîner des conséquences sur la santé et le bien-être de l'animal.

Cette sélection peut concerner, par exemple, la forme du crâne, la longueur du museau ou des membres, la présence de plis cutanés ou encore certaines proportions corporelles.

Un exemple particulièrement connu concerne les chiens brachycéphales, caractérisés par un crâne raccourci et une face aplatie. Lorsque ces caractéristiques deviennent très prononcées, certains animaux peuvent rencontrer des difficultés respiratoires ou supporter plus difficilement l'effort et la chaleur.

Tous les animaux appartenant aux races concernées ne développent évidemment pas les mêmes pathologies. Le problème réside avant tout dans la sélection de caractéristiques susceptibles d'augmenter les risques pour leur santé ou celle de leur descendance.

 

Pourquoi certaines morphologies font-elles souffrir les chiens et les chats ?

L'exposé des motifs de la proposition de loi cite plusieurs exemples : les races à face plate, dites brachycéphales, comme les bouledogues, les carlins ou les Cavaliers King Charles ; les chiens présentant d'importants plis cutanés, comme le shar-peï ; ou encore les chiens au corps allongé et aux membres courts, comme le teckel.

Selon les caractéristiques concernées, ces morphologiques peuvent favoriser des problèmes dermatologiques, ophtalmologiques, articulaires ou vertébraux. À ces conséquences directement liées à la morphologie peuvent également s'ajouter des affections héréditaires d'origine génétique favorisées par certaines pratiques de sélection.

Chez certains chiens brachycéphales, par exemple, la morphologie du crâne et des voies respiratoires peut entraîner un syndrome obstructif des races brachycéphales (SORB) susceptible d'altérer la respiration et la tolérance à l'effort.

Les chats ne sont pas épargnés. Certaines races présentant une brachycéphalie très prononcée, comme certains persans, peuvent également être confrontées à des problèmes liés à leur morphologie.

Lorsqu'un critère esthétique compromet la respiration, la locomotion ou plus généralement la capacité d'un animal à mener une vie normale, la question du bien-être animal devient alors centrale.

 

Que dit aujourd'hui la loi française sur la sélection des chiens et des chats ?

La réglementation française prévoit déjà une interdiction en la matière.

L'article R. 214-23 du Code rural et de la pêche maritime dispose que la sélection des animaux de compagnie sur des critères susceptibles de compromettre leur santé et leur bien-être ainsi que ceux de leurs descendants est interdite.

Le principe juridique existe donc déjà. La proposition de loi déposée en mai 2026 part toutefois du constat que le cadre actuel ne permet pas de répondre suffisamment aux problèmes liés à certaines pratiques de sélection génétique.

Une question demeure alors : si la sélection préjudiciable à la santé et au bien-être est déjà interdite, pourquoi des animaux présentant des caractéristiques morphologiques extrêmes continuent-ils à être reproduits ?

 

Que prévoit la proposition de loi contre les hypertypes ?

Déposée au Sénat le 11 mai 2026 par le sénateur Daniel Salmon et plusieurs de ses collègues, la proposition de loi vise à renforcer considérablement l'encadrement de la sélection et de la manipulation génétiques des animaux de compagnie.

Le texte prévoit notamment :

  • L'interdiction de la reproduction, de l'élevage, de la commercialisation et de l'importation d'animaux issus de sélections ou de manipulations génétiques entraînant des caractéristiques altérant significativement leur bien-être ou celui de leur descendance ;
  • la possibilité d'interdire la reproduction de certaines races ou de certains variants génétiques lorsque les caractéristiques concernées entraînent des souffrances, des handicaps fonctionnels ou des pathologies chroniques ;
  • la réalisation de tests de dépistage de certaines affections héréditaires d'origine génétique ;
  • un encadrement renforcé de la reproduction afin de réduire au minimum les risques pour la santé et le bien-être des animaux et de leur descendance ;
  • de nouvelles informations concernant les tests génétiques lors de la commercialisation de certains chiens et chats ;
  • un encadrement de la promotion d'animaux présentant certaines caractéristiques préjudiciables à leur bien-être ;
  • des sanctions en cas de non-respect des nouvelles obligations.

 À ce jour, il s'agit toutefois d'une proposition de loi déposée au Sénat, et non d'une loi entrée en vigueur.

 

La France va-t-elle interdire le bouledogue français, le carlin ou le persan ?

À ce jour, aucune interdiction générale du bouledogue français, du carlin ou du persan n'a été décidée en France dans le cadre de cette proposition de loi.

Le texte envisage néanmoins la possibilité d'interdire la reproduction de certaines races ou de certains variants génétiques lorsque les caractéristiques génétiques responsables de l'altération du bien-être ne pourraient pas être éliminées dès la première génération.

Les races et variants concernés devraient alors être déterminés par voie réglementaire.

Il ne faut donc pas comprendre cette proposition comme l'annonce de l'interdiction immédiate de plusieurs races populaires. Elle pose plutôt la question des limites à imposer à la reproduction lorsque certaines caractéristiques recherchées par l'être humain deviennent incompatibles avec la santé et le bien-être de l'animal.

 

Interdire une race ou transformer les pratiques d'élevage ?

L'enjeu ne consiste pas uniquement à déterminer quelles races devraient être autorisées ou interdites. Il s'agit également de faire évoluer les pratiques de sélection afin que l'apparence physique ne soit plus recherchée au détriment de la santé.

Tests génétiques, choix des reproducteurs, réduction des caractéristiques morphologiques extrêmes et prévention de la transmission de certaines affections héréditaires constituent autant de pistes permettant de faire évoluer les pratiques d'élevage.

L'objectif serait ainsi de privilégier des animaux présentant des caractéristiques compatibles avec une vie normale : respirer correctement, se déplacer sans difficulté, supporter raisonnablement l'effort et la chaleur et ne pas être exposés, du fait de critères sélectionnés par l'être humain, à des souffrances évitables.

Cette évolution implique la responsabilité des éleveurs, mais également celle des futurs acquéreurs. La recherche d'une apparence toujours plus singulière contribue en effet à entretenir la demande et, par conséquent, la sélection de ces caractéristiques.

 

L'apparence d'un animal doit-elle passer avant sa santé ?

C'est une réflexion essentielle lorsque l'on souhaite accueillir un animal.

L'apparence doit-elle passer avant sa santé ?

Il est naturel d'avoir des préférences pour certaines races ou certaines caractéristiques physiques. Mais un chien ou un chat n'est ni un objet décoratif ni une curiosité destinée à attirer le regard.

Derrière un museau extrêmement court, des yeux particulièrement proéminents, des pattes très courtes ou une silhouette inhabituelle peut parfois se cacher une réalité beaucoup moins séduisante : celle d'un animal dont le corps a été sélectionné pour répondre à des critères esthétiques qui peuvent compromettre son bien-être.

Un animal de compagnie est avant tout un être vivant doué de sensibilité. Sa santé et son bien-être doivent primer sur la recherche de caractéristiques physiques dictées par les effets de mode ou les préférences humaines.

L'association Stéphane LAMART défend et défendra toujours l'idée selon laquelle respecter véritablement les animaux implique de considérer leurs besoins, leur santé et leur bien-être avant leur apparence.

 


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